Cette beauté qui nous sauve

Si la beauté n’était qu’esthétique, uniquement liée au plaisir qu’elle fait éprouver, alors elle serait accessoire. Pour Fabrice Midal, invité de Béatrice Soltner sur RCF Radio lundi 22 décembre 2014, il faut redire ce qu’est véritablement la beauté: une expérience spirituelle.

L’écrivain Fiodor Dostoïevski (1821-1881) fait dire à l’un des personnages de son roman « L’Idiot » que « la beauté sauvera le monde ». Cette parole bien connue est forte, elle résonne particulièrement dans le contexte qui est le nôtre. La beauté nourrit, elle peut soigner les âmes, elle ouvre à l’autre et au tout autre, fragile beauté qui s’offre à nous s’y nous y prêtons attention :

« La beauté, c’est une plénitude d’être. Une fleur est belle quand vous sentez qu’elle est pleine, qu’elle irradie. Un être est beau quand il y a une entièreté qui se manifeste. D’un seul coup, vous êtes arrêté parce que cela apparaît plus pleinement. Quand je sors de chez moi, tous les jours j’essaye de me dire quelle est la fleur ou l’arbre qui me touche le plus, celle qui irradie le plus, qui m’appelle. La beauté nous parle d’une plénitude d’être.

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Il y a un grand malentendu sur la beauté. Pour nous, la beauté est du côté de l’esthétique. Cela est très égarant car la notion d’esthétique correspond à l’idée du plaisir que l’on peut tirer d’une chose. Le critère, la vérité de la beauté, ce n’est pas l’intensité du plaisir que je ressens, mais la plénitude d’être. C’est radicalement différent.

Nous prenons la beauté à partir du ressenti que nous en avons et non pas à partir de la qualité de présence de la chose. Du coup, la beauté nous semble très étroite, l’esthétique nous semble accessoire, ne semble pas parler du plus important, de ce qui est décisif, de ce qui est crucial. Du coup, comment la beauté pourrait-elle guérir l’âme, sauver le monde ? On ne comprend pas… pour comprendre, il faut remettre la beauté à sa place véritable : la sanctification de la réalité.

La beauté, c’est beaucoup plus qu’un petit plaisir qu’on peut avoir. Par exemple, quand on écoute un morceau de musique, il y a quelque chose de très profond. La musique nous a lavé l’âme, nous a remis en rapport avec l’entièreté de la réalité, de l’existence, qui rassemble. Je suis réaccordé. Je me sens purifié, après avoir écouté de la musique, je ne suis plus le même homme.

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Par exemple, la beauté d’une cathédrale a une fonction de nous réveiller, de nous transformer. Ce n’est pas juste essayer de faire joli, c’est une expérience de vérité, une expérience spirituelle.

Qu’est ce que ce truc esthétique a avoir avec cette dimension spirituelle de grâce et de transformation ? On le comprend si on redonne à la beauté son sens le plus plein, que lui donnait déjà Platon et que l’on trouve chez Simone Weil.

La beauté est partout dans notre monde. Voir un être humain, entendre de la musique la nature. La question c’est : est-ce qu’on arrive à s’ouvrir à elle ? Distinguer la beauté de l’esthétique. Notre monde est bombardé de trucs esthétiques mais qui n’ont en réalité aucune présence, qui sont vides.

Je me souviens de ma grand-mère qui se faisait belle pour qu’on aille déjeuner ensemble. Je lui disais : «  oh mamie, qu’est-ce que t’es belle ! » Je ne disais pas qu’elle était belle en fonction des canons esthétiques. Je disais cela parce que le souci qu’elle avait de se présenter au mieux pour notre déjeuner témoignait de sa présence, de son amour. Et sa beauté était absolument bouleversante. Quelque chose irradiait d’elle. On est devenus aveugles à la beauté en l’ayant réduite à l’esthétique. »

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